Cinéma : Tim Burton, un fondu au noir pour le Prix Lumière

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C’est Tim Burton qui sera le récipiendaire du célèbre prix pour cette 14e édition du festival Lumière. À partir du samedi 15 octobre, ce sera l’occasion de revoir ses films et beaucoup d’autres avec en tête Louis Malle, Sidney Lumet, Warren Beatty, Jeanne Moreau, une multitude d’avant-premières et quelques raretés venues du fond des âges. Que la lumière soit.

Nous l’avons découvert au milieu de l’été. Si l’Institut Lumière a joué avec la suspension de son Prix Lumière 2022, il valait mieux annoncer le poids lourd du cinéma mondial, le grand Tim Burton, qui n’est pas loin d’être la figure la plus unique au palmarès du festival depuis ses débuts. – mais peut être discuté.

Parce que Burton est un esprit, un univers et un parcours comme peu d’autres. Il a débuté comme animateur chez Disney, sur Rox & Même Rouky, pour ensuite le rendre anti-Disney avec son univers gothique… Avant de retourner dans le giron de l’empire californien du divertissement.

Son truc avec Burton, ce sont des histoires effrayantes et étranges qui cachent leur mélancolie sous des couches d’excentricité.

Ses thèmes, ses premières obsessions : la mort et le mal-être adolescent, qui imprègnent ses courts métrages Vincent, Frankenweenie et ses premiers longs métrages (Beetlejuice, Edward aux mains d’argent, etc.), nés de l’imaginaire et de la poésie d’« un grand enfant qui, dès le plus jeune l’enfance, c’est l’âge, ça souffre d’une différence ou d’un sentiment, une différence qui est aussi au cœur de films comme Ed Wood, Mars Attacks !, ou Big Fish.

Quatre classiques ont été joués le samedi 22 octobre à la Halle Tony-Garnier : Beetlejuice, Ed Wood, Mars Attacks !, Sleepy Hollow

Mais Burton est aussi un adepte des classiques de la littérature (au sens large), de la télévision ou du cinéma (parfois les trois), qui lui fourniront des adaptations plus ou moins réussies et toujours audacieuses de Batman, La Planète des singes, Sleepy Hollow, Sweeney Todd. , Charlie et la chocolaterie , Alice au pays des merveilles, Dark Shadows, ils ont tous passé au crible leur noirceur et leur folie (cette dernière l’emporte de plus en plus sur la première au fil des années).

Récemment, Burton a même cédé à la tentation des plateformes en adaptant-renversant l’angle du classique télé-cinéma américain The Addams Family avec Wednesday.

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Le réalisateur sera à Lyon du 20 au 23 octobre, où il recevra bien sûr le prix et accompagnera le programme rétrospectif de son œuvre. Notamment la très savoureuse Burton Night, le samedi 22 octobre à la Halle Tony-Garnier avec quatre classiques à la suite : Beetlejuice, Ed Wood, Mars Attacks !, Sleepy Hollow, un casting idéal pour ce genre de programmation festivalière.

Mais le festival ne se limite pas à la reprise, d’autres rétros seront également à l’honneur. Celles dédiées principalement aux deux grands Louis Malle et Sidney Lumet.

Louis Malle a un Oscar et une Palme d’or, remportés il y a 25 ans (pour Le Monde du silence) et une œuvre à la croisée de la nouvelle vague et du cinéma indépendant américain.

Plutôt sulfureux, son travail adapte Drieu la Rochelle avec Le Feu Foulet, suscite des collaborations et fait scandale avec La Petite (mettant en scène une très jeune Brooke Shields) et Le Souffle au cœur. Quelques autres succès unanimes marqueront la carrière de Malle, comme Milou et May ou le très remarqué (et émouvant) Goodbye Children, au centre d’une filmographie qui ne compte que des géants : Ascenseur pour l’échafaud, Zazie dans le métro, Atlantic City . L’occasion aussi de noter – pour ceux qui l’ont oublié – que le réalisateur a enregistré les plus grands : Burt Lancaster, Susan Sarandon, ainsi que Bardot et Belmond côté acteurs et Modiano, Nimier, Carrière aux scénarios et dialogues.

En miroir de cette rétrospective française, son pendant américain avec un autre grand, Sidney Lumet, lui aussi auteur d’un classique absolu. On pense notamment à sa collaboration avec Pacino dans Un après-midi de chien (sans doute son chef-d’œuvre) et à l’unique Serpico, peut-être les deux plus grands rôles de Pacino à son apogée.

Son truc avec Burton, ce sont des histoires effrayantes et étranges qui cachent leur mélancolie sous des couches d’excentricité.

Ainsi que ses polars judiciaires tels que The Verdict (avec Paul Newman) ou le classique parmi les classiques Twelve Angry Men (avec Henry Fonda).

Mais Lumet parle aussi de films moins importants – du moins dans leur célébration – plus récents comme Contre-Enquête ou le sublime À bout de course, film sans cesse politique sur une famille de militants d’extrême gauche en cavale. avec un jeune River Phoenix parfaitement dynamique, grâce auquel on assiste à son entrée dans l’âge adulte.

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Une œuvre s’étendant sur cinquante ans entre Twelve Angry Men (1957) et 7:58 That Saturday, qui raconte aussi cinquante ans d’histoire politique américaine.

A noter également que dans la traditionnelle et toujours passionnante « Histoire permanente des réalisatrices », véritable réservoir de trésors cachés, Lumière nous fera découvrir l’œuvre de la Suédoise Mai Zetterling, comédienne à ses débuts, comme c’est souvent la cas avec ces cinéastes (elle a surtout joué pour Muriel Box, à qui ce cycle a déjà rendu hommage), qui ont œuvré très tôt à la pointe de la lutte féministe et travaillé aussi bien pour le cinéma que pour la télévision et les séries.

L’accent sera mis sur une autre actrice cinéaste, à savoir Jeanne Moreau, dont le travail de réalisatrice est relativement méconnu. Deux de ses films, Lumière, L’Adolescente et le documentaire Lillian Gish, seront présentés dans des versions apparemment restaurées.

Comme les cinq premiers films (ses films hongrois) du réalisateur austro-hongrois devenu américain André De Toth, et le film fêtant son quarantième anniversaire au statut de grand classique de Warren Beatty (un autre acteur et cinéaste), Red, un biopic, dédié à John Reed, militant communiste américain et journaliste (deux qualités assez contradictoires), qui a remporté l’Oscar du meilleur acteur et du meilleur réalisateur en 1982.

Parmi les invités toujours prestigieux du festival figureront le réalisateur sud-coréen Lee Chang-dong, Louis Garrel, venu présenter Les Innocents, Monica Bellucci, qui suivra dans les pas d’Anita Ekberg, pour un documentaire, une actrice suédoise dévouée et une master class – un programme de master class qui sera complété par Lee Chang-dong, Marlène Jobert, Nicole Garcia et le réalisateur américain James Gray. Mais aussi Jerzy Skolimowski, Claude Lelouch, Guillermo del Toro, Nicolas Winding-Refn pour des performances exceptionnelles.

Enfin, à ne pas manquer, un ciné-concert consacré au seul film (muet) réalisé par l’acteur Charles Vanel, Dans la nuit, en 1930, tout simplement l’un des derniers films muets à être accompagné par l’orgue d’Adam Bernadac.

Festival Lumière – du 15 au 23 octobre.