Comment la « Magie de Noël » réveille mon éco-anxiété

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Publié le 21 décembre 2022 à 11h00

Nous voilà à quelques heures de la grande déchetterie. En fait non, ça a déjà commencé il y a plusieurs semaines. Chaque matin, je roule à vélo, les pieds et les mains à moitié gelés, la goutte dans le nez, devant les vitrines illuminées et le sapin géant des boutiques des Grands Boulevards à Paris. A chaque fois la même pensée me vient à l’esprit : « Oh, à quoi ça sert de mettre deux pulls, un bonnet, trois paires de chaussettes et des leggings techniques pour ne pas brancher la chaleur à la maison ? »

Le pire est peut-être les yeux pétillants des clients qui se précipitent pour trouver le meilleur cadeau, ou le plus cher. Voir tous ces gens heureux (et consentants) à l’entrée de ce temple de la consommation inquiète le petit écologiste que je suis.

En plus, cette année nous ne sommes pas gâtés. La combinaison de la Coupe du Monde de la FIFA au Qatar et de la crise économique en arrière-plan m’a vraiment frappé. Rien que de penser au repas de famille, d’être coincé à table, de se disputer avec mon oncle fan de foot – qui veut juste me provoquer – j’ai une bouffée de stress.

12 millions de cadeaux, directement jetés

Alors cette année, j’ai décidé de prendre les choses en main. Je ne fête pas Noël à la maison, mais j’ai imposé mes règles aux autres. De manière éco-terroriste. En fait, je viens de suggérer un elfe de famille secret. En d’autres termes, une personne achète et ne reçoit qu’un seul cadeau. Seule concession : les enfants recevront des cadeaux de chacun des invités. Ils seront là l’année prochaine.

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Acheter pour acheter, je n’en pouvais plus. L’année dernière, par exemple, j’ai reçu un pull écologique avec « il n’y a pas de planète B » écrit sur le devant. J’ai regardé l’étiquette : « Made in Bangladesh ». Je n’ai pas osé lui dire, même en riant de la situation cocasse (les cadeaux c’est un sujet trop sérieux !) et surtout, je ne le porte pas.

Dites adieu aux cadeaux inutiles et tant pis pour le dicton « c’est la pensée qui compte ». Je crois que précisément l’un des plus gros problèmes de l’écologie aujourd’hui, ce sont les « bonnes intentions » sans action derrière elles. Ce n’est pas moi qui le dis, mais l’Ademe : sur les 300 millions de cadeaux déposés sous les arbres, près de 12 millions sont « indésirables » et 1 million sont « jetés carrément ».

En même temps, j’avoue que les « listes de Noël » sont une autre source d’angoisse pour moi. Dans quel monde, à bout de ressources, en pleine crise énergétique et sanitaire, fait-on des listes de Noël, à 30 ans ? Et si on fait des cadeaux, acceptons collectivement que ça prenne des risques, et s’il vous plait, creusez-vous au moins les méninges ! (Grand-mère, si tu me lis, le chèque est toujours accepté pour toi.)

Une autre chose : nous devrions commencer à insuffler l’idée que recycler les cadeaux que nous n’aimons pas, c’est bien, au lieu de les accumuler dans notre petit appartement sous le prétexte que le trickmuche nous l’a donné. Sinon, je vais quand même me retrouver avec un presse-papier géant en forme de champignon sur les bras…

Je rêve même de perturbations… J’espère secrètement qu’il fera -50 degrés pour que la crise énergétique vienne à bout de notre frénésie de consommation animée par ce vieux grand-père barbu aux couleurs de Coca-Cola qui rend nos enfants avides de jouets en plastique made in China .

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J’ai envie de crier : « Tu veux offrir un cadeau aux enfants, non ! » »

Le pire dans tout ça, c’est que j’adore Noël. Les repas de famille, les valeurs de partage, de convivialité. Alors devenir le personnage qui gâche la fête devient, croyez-moi, un fardeau. Aux autres, mais aussi à moi. Déjà arrêter le foie gras a été un supplice au quotidien, ne plus faire de cadeaux à toute ma famille fait de moi un monstre.

Un peu plus de champagne

Mais c’est plus fort que moi. Quand il est temps de rencontrer ma famille, je ne peux m’empêcher de lui en vouloir, à elle et à lui, d’être venus en avion, alors que le train ne durait qu’une heure de plus. Quand j’offre des cadeaux, je ne peux pas m’empêcher de penser à tout le papier gaspillé (20 000 tonnes par Noël) et au petit arbre coupé qui n’a rien demandé. Au moment de manger, je ne peux que me plaindre du menu hyperprotéiné alors que 3 kg de nourriture sont gaspillés par foyer pendant les vacances (source : Ademe).

Une fois assis (et ivre), une autre bataille commence : les débats du moment.

Je pense que je vais prendre encore du champagne ou je n’y arriverai pas. Et puis ça me redonnera le sourire, j’ai peur de finir Noël toute seule… Il n’y aura plus de cadeaux, mais ce sera aussi organique que déprimant.