COP27 : au Kenya, Steve et Kim misent sur les motos électriques

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Stephen Juma, 34 ans, et Kimosop Chepkoit, 32 ans, travaillent entourés de batteries électriques et de structures destinées à devenir de futures motos. Juste en dessous de leur bureau, situé dans une zone industrielle à la périphérie de Nairobi, deux employés s’affairent à assembler les deux-roues à partir de pièces importées de Chine. Steve et Kim, comme ils se présentent, ont lancé Ecobodaa en 2020, une start-up spécialisée dans la fabrication et la commercialisation de motos électriques.

Amis avant d’être associés, ils se sont rencontrés sur les bancs de l’université, fraîchement débarqués dans la capitale kenyane pour étudier l’électrotechnique. Tous deux viennent de zones rurales, où ils ont subi les effets du réchauffement climatique.

Des saisons des pluies moins abondantes

Steve a grandi dans l’ouest du pays, dans un village agricole. « Nous parlions constamment du changement climatique, des saisons des pluies moins prévisibles et moins abondantes, et de leurs conséquences sur les cultures et les populations », explique le jeune homme. Kim, de la vallée du Rift près de la ville d’Eldoret également dans l’ouest du Kenya, dit avoir vu un lac près de chez lui diminuer au fil des ans et les éléphants y diminuer.

À leur sortie de l’université, ils ont d’abord emprunté des voies différentes. Steve a travaillé dans le domaine de l’énergie solaire. « Je suis entré par hasard dans le secteur du renouvelable, pour un premier emploi, raconte-t-il, mais j’y suis resté car je suis convaincu qu’il est possible d’avoir un impact positif sur le climat. »

Kim, quant à lui, a rejoint le plus grand opérateur de réseau mobile au Kenya, avant de se lancer dans la location de taxi moto. Steve s’est également impliqué dans le projet. En 2020, la baisse des déplacements liée à la pandémie affecte leur activité, incitant les deux ingénieurs à commencer à réfléchir au secteur des motos-taxis. Ils y ont vu l’opportunité de transformer cette activité polluante, où les chauffeurs doivent faire face à des coûts de carburant et d’entretien élevés. « Je voulais changer tout ça », dit Kim. L’électricité s’est imposée comme la meilleure alternative. Ecoboda est né.

Un marché à fort potentiel

L’aventure ne fait que commencer, mais le potentiel est immense. Le Kenya compte près de 1,4 million de motos immatriculées, selon les chiffres du gouvernement de 2018, et ce nombre ne cesse d’augmenter. À Nairobi, les motos taxis, appelées « boda boda », sont un moyen de transport privilégié pour se déplacer dans les rues encombrées de la capitale. Il est courant de les voir se faufiler entre les voitures, transporter un passager ou deux, faire une livraison ou attendre leur prochaine course au coin d’une rue.

Les taxis-motos, appelés « boda boda », sont un moyen de transport privilégié pour se déplacer dans les villes du Kenya. /Baz Ratner/Reuters

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Ces deux-roues sont certes pratiques pour se déplacer, mais ils sont un facteur majeur de pollution de l’air. Le partenariat SLOCAT – une coopération multipartite qui vise à favoriser la réflexion sur la mobilité durable – estime que le secteur des transports au Kenya est responsable de 49 % des émissions de CO2 du pays. « Compte tenu du nombre de taxis-motos au Kenya, les électrifier réduirait considérablement les émissions de CO2 à l’échelle nationale », a déclaré Kimosop Chepkoit.

90 % d’électricité d’origine renouvelable

Le Kenya s’est également engagé en 2020 à réduire ses émissions de gaz à effet de serre de 32% d’ici 2030 et à atteindre, la même année, 100% d’électricité d’origine renouvelable. Une ambition réaffirmée par le président kenyan William Ruto. Le 4 octobre, à propos de l’Afrique, il écrivait dans le journal britannique The Guardian : « Nous avons un immense potentiel d’énergie renouvelable, avec une abondance de vent et de soleil qui peut propulser le développement de l’Afrique. (…) La transition vers les énergies propres va de soi. »

Le Kenya a déjà fait des progrès considérables. En 2021, près de 90% de la production d’électricité provenait de sources renouvelables, selon les chiffres du Bureau national des statistiques, principalement grâce à la géothermie (40%), suivie du secteur hydraulique (29,6%) et de l’éolien (16%). .

Parier sur l’électricité prend donc tout son sens au Kenya. La preuve en est que les start-up dans le domaine de la mobilité électrique s’y multiplient. De quoi alarmer Steve et Kim qui mettent en avant leur connaissance du secteur et qui débutent la commercialisation de leurs cinquante premières motos avec une liste d’attente qui fait déjà plus du double.

Leur activité est en grande partie financée par un partenariat avec Persistent Energy, une société qui investit dans les énergies renouvelables en Afrique. Pleins d’ambition, les deux entrepreneurs espèrent obtenir des financements supplémentaires pour pouvoir mettre un millier de motos supplémentaires dans les rues de Nairobi l’année prochaine.

Pour arriver à leur produit final, ils ont d’abord mené un programme pilote pendant un peu plus d’un an, au cours duquel dix coureurs ont pu tester le produit. Plusieurs points ont été adaptés pour mieux correspondre aux habitudes des utilisateurs.

Un paiement selon les besoins

Ces derniers, aux revenus modestes, ont par exemple tendance à ne pas faire le plein de motos le matin mais à faire le plein tout au long de la journée. Cette habitude devrait pouvoir se reproduire avec la moto électrique. Ecobodaa a donc développé une technologie permettant au chauffeur de payer selon ses besoins. Il récupère sa batterie chargée mais verrouillée. Le paiement par téléphone portable permet de le débloquer au besoin.

Un employé assemble des deux-roues à partir de pièces importées de Chine. / Albane Thirouard pour La Croix

Pour avoir accès au full load, il faut débourser 300 shillings kenyans (2,60 €), ce qui permet de parcourir entre 70 et 80 kilomètres. Chaque conducteur reçoit deux batteries, suffisamment pour garantir une autonomie de 150 kilomètres. Une fois les batteries vides, elles peuvent être échangées dans une station dédiée.

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Des économies sur le carburant

A travers Ecobodaa, les deux ingénieurs veulent améliorer le quotidien des motards, dont la préoccupation première reste de vivre de leur travail. Les perspectives économiques sont donc largement mises en avant. Avec sa moto électrique, Ecobodaa promet des économies de 80 % sur les frais d’entretien et de 40 % sur les frais de carburant, un argument de poids face à la flambée des prix du pétrole au Kenya.

« Passer à l’électricité est une bonne affaire pour eux », déclare Steve. Cela leur permettra d’améliorer leur niveau de vie et donc celui de leur foyer, ce qui signifie de meilleurs soins de santé ou une meilleure éducation pour leurs enfants. »

Leur moto taxi, l’Umeme 3000, vaut 1 400 € mais la start-up propose un modèle de location avec option d’achat. Les motards versent une caution de 15 000 shillings kenyans (125 €) puis remboursent 430 shillings kenyans par jour (3,60 USD) pendant dix-huit mois avant de devenir propriétaires du véhicule. La start-up, elle, récupère un intérêt sur la vente de ses motos ainsi que sur l’échange de batteries.

Une manière plus durable de gagner sa vie

Plusieurs défis restent à relever pour Ecobodaa : obtenir davantage de financements pour développer puis multiplier ses stations d’échange de batteries. La jeune pousse en compte deux à ce jour à Nairobi. « Idéalement, il en faudrait autant que de stations-service », admet Kim. Trois autres sont déjà prévus.

Les entrepreneurs cherchent constamment à rendre leur modèle plus durable. Ils réfléchissent notamment aux moyens de recycler les batteries, dont la durée de vie optimale est estimée entre deux et trois ans, ou d’équiper leurs bornes de recharge de panneaux solaires. Passionnés, Steve et Kim sont convaincus des bienfaits d’une mobilité plus verte. « Il faut faire comprendre aux conducteurs qu’avec une moto électrique ils font plus que faire des économies », insiste Steve. Ils adoptent un mode de vie durable, luttent contre le changement climatique et protègent ainsi l’avenir de leurs enfants et petits-enfants. »

Le défi des transports urbains

900 millions de personnes supplémentaires sont attendues dans les villes africaines d’ici 2050.

D’ici la fin du siècle, l’Afrique comptera cinq des dix plus grandes mégalopoles du monde. Ces villes sont plus dispersées que la moyenne des autres villes émergentes. Cependant, les transports en commun y sont, le plus souvent, artisanaux.

Le taux de mortalité lié à la pollution de l’air est de 155 décès pour 100 000 personnes en Afrique, soit près du double de la moyenne mondiale. Le secteur des transports en Afrique a émis près de 330 millions de tonnes de dioxyde de carbone en 2019, un chiffre en forte croissance.

Nairobi est considérée comme la deuxième ville la plus congestionnée au monde après Bombay (Inde).