COUR DE CHALON – « Quand tu seras grand…

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Written By MilleniumRc

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Le président Morelière, ce lundi 16 janvier, regarde l’homme, marginalisé, qui tient la barre.

Un homme qui pleure beaucoup, qui parle beaucoup, qui promet beaucoup et qui se faufile beaucoup. Son casier judiciaire est aussi « beaucoup ». 20 mentionnés, avec « 28 ans et demi, comme disent les enfants », a précisé le président. A quoi l’accusé répond : « Je me sens comme un enfant, oui. » « Un enfant… mais un grand enfant qui s’est marginalisé au point de finir par mendier, dormir dans la voiture. Un gamin dont la position personnelle est problématique à plus d’un titre, à commencer par cette victimisation accompagnée à chaque fois de coups verbaux qu’il s’inflige, mais cela ne change pas grand-chose.

Entre « drame » et « drame » se situe la manipulation, qu’il en soit conscient ou non

Nous l’avons vu à la mi-novembre. Il le rappelle au substitut du procureur en se tournant vers elle, le visage et les paupières gonflés à force de pleurer : « Tu n’étais pas là quand j’étais en prison et moi, moi (montre sa poitrine pour renforcer son ‘je’, ndlr) . ), j’ai tenté de mettre fin à mes jours*. « L’acte est dramatique en soi, mais ce drame que tisse l’accusé est troublant. Entre « drame » et « drame » se trouve la manipulation. Qu’un homme s’en rende compte ou non, c’est ce qu’il fait. Le tribunal, ne le trompant pas par son désir de trouver des explications à tout, changea d’avis deux ou trois fois et finit par se moucher (au sens figuré, car au sens littéral il n’arrêtait pas de renifler, en somme), calmement mais fermement.

Perte d’hébergement d’urgence…

Le prévenu, né en 1994 à la maternité de Saint-Rémy, a réussi, pendant le sursis à l’épreuve qui était en cours lors de son interpellation en novembre, à se rendre à l’appartement. Un atelier géré par l’association Le Pont. La clause interdit la présence d’autres personnes, « ça se comprend, c’est pour éviter le désordre », a plaidé Maître Marceau qui a alors dit : « Mais il est déjà trop isolé, alors quand sa compagne tombe enceinte, il est le bienvenu. Il fait ce choix. » Le résultat : les deux se retrouvent à la rue, deux jeunes toxicomanes.

Conduite sans permis, délit de fuite, vol

Ce lundi, le prévenu est jugé car le 7 novembre, au volant sans permis, il a percuté une bétaillère à Saint-Germain du Bois où lui et sa copine squattaient une maison (le plan a été donné par « Walid », rencontré « sur le canal, à Chalon »). Le conducteur du véhicule appelle le patron, ils parlent d’assurance… le prévenu, qui conduit sans permis, n’est pas assuré et est sur ses talons : délit de fuite. Le 15 novembre, il a volé un téléphone portable dans un supermarché de Sennecey-le-Grand. Des gendarmes arrivent, vérifient son identité et voient qu’il est sur la liste des personnes recherchées. Il volait pour revendre, pour acheter de la méthadone au marché noir, dit-il, « parce que le médecin ne voulait pas me la prescrire ».

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« Il y a des affaires en cours »

A l’audience de comparution*, il a demandé un « ajournement », « car j’irai en prison avec le dossier ». Lundi, il ne semble pas du tout prêt à retourner dans sa cellule, mais le parquet demande un mandat pour sa libération. « Le monsieur est expert en référencement, expert en bracelet électronique, expert en garde et a des dossiers en cours. Et puis, c’est un pro des infractions routières. Anne-Lise Peron, la substitut du procureur, note la « difficulté de sa situation sociale » et des « difficultés de raisonnement ».

Le procureur demande une ordonnance de remise

« Conduite sans permis (5e), ​​conduite sans assurance, délit de fuite… des faits extrêmement graves, d’autant qu’avec 18 inscriptions au palmarès, il est facile de trouver un rapatrié. Il requiert une peine de 12 mois de prison, dont 4 mois seraient assortis d’une suspension probatoire, et demande la révocation de la précédente suspension de 3 mois, recommande une aide individuelle renforcée (AIR) et une interdiction de conduire pendant 1 an.

La réintégration quand on a trop dérivé est extrêmement difficile, à tous points de vue

Julien Marceau évoque les écueils inhérents au processus d’intégration quand les gens n’ont plus de logement, d’emploi, de permis, de problèmes d’addiction, etc. « C’est comme un puzzle et il manque souvent une pièce qui permettrait d’accéder à l’autre, et cela oblige de prendre des décisions en pleine conscience qu’aucune personne intégrée ne ferait. Vous n’avez pas de permis de conduire? Il n’y a pas de temporaire ! Alors il joue quitte ou double. Mais à chaque fois qu’il échoue, alors qu’au fond de lui il veut s’en sortir. Et il y a la part dont on ne veut pas : la drogue, l’héroïne, les anxiolytiques pour les pauvres : ce sont ceux-là qu’on perd dans les limbes de la société. »

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Son client n’est pas submergé par l’estime de soi, sa souffrance n’est pas feinte

L’avocat garde le dispositif AIR des réquisitions, souligne le rapport JAP qui, « au vu des grands désavantages sociaux », voit un peu mieux, demande une peine souple. « Laissez-lui du temps, car réussir devant le JAP (obtenir une correction de peine qui n’aurait pas été méritée d’avance, op.a.), ça peut être un tremplin pour lui. « Je suis sûr que son client ne perd pas l’estime de lui-même et que sa souffrance (il a parfois l’apparence d’un noyé) n’est pas feinte, malgré le reste.

7 mois de prison, remplacement possible, et 2 ans de surveillance renforcée

Le tribunal, sous sa stricte apparence, en a compris une partie et a condamné le prévenu à 12 mois de prison, dont 8 mois assortis d’une période d’essai portée à 2 ans, avec obligation d’intégrer le dispositif AIR (mis en place par AEM) , de travailler, de suivre une cure de désintoxication et une prise en charge psychologique, de verser l’indemnité qui reviendra à la victime (le camion de transport de bétail a été gravement endommagé), et de remettre le permis de conduire. Le tribunal annule 3 mois du séjour précédent. 7 mois d’emprisonnement se sont écoulés : pas d’aménagement, mais une convocation devant le juge de l’exécution. Référence d’intérêt civique en mars prochain.

« Ne tombe pas, mais… »

Le président explique la peine à l’accusé, dont on ne voit pas le visage, mais qui ne pleure plus, et l’assure, à ce sujet, que « ce ne sont pas ses larmes » qui justifient la peine, mais « votre relativement bonne conduite sous contrôle judiciaire depuis novembre ». « Mais vous êtes en première (vitesse), monsieur, vous devrez passer en quatrième dans une semaine, car c’est 7 mois de prison. » Le président insiste : « Vous allez avoir une suite difficile, avec beaucoup de rendez-vous pour vous sortir de là. On vous donne une perche, un parachute et un filet pour ne pas tomber, mais dans la vie de tous les jours on va ne pas être là : il n’y aura que toi, que toi. »

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