« La baisse des ventes d’automobiles profite aux constructeurs…

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Written By MilleniumRc

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La baisse des ventes d’automobiles n’est pas une bonne nouvelle pour le climat ni pour les particuliers. Aurélien Bigo, chercheur sur la transition énergétique des transports, l’explique à Novethic. Décryptez la stratégie des constructeurs : vendre moins mais plus cher des véhicules surdimensionnés et suréquipés, loin de la sobriété nécessaire. Selon lui, les principales victimes de cette stratégie sont « les moins nantis ».

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En tant que spécialiste de la transition énergétique, vous faites un premier constat : la vente de voitures neuves n’a jamais été aussi basse depuis 1975. Comment l’expliquez-vous ?

Il y a bien une baisse en 2022, après les niveaux très bas de ces dernières années. Depuis 2020, le Covid et les confinements ont évidemment eu un impact sur le marché. En cette période de crise économique, des véhicules ont été livrés en retard. A cela s’ajoute la pénurie de composants électroniques obligeant les constructeurs à privilégier certains véhicules par rapport à d’autres. On pense aussi aux contraintes liées à la guerre en Ukraine avec l’inflation des matières premières qui a pu faire monter le prix des véhicules.

Mais ce déclin n’est pas nouveau. Depuis 1975, nous avons réalisé environ 2 millions de ventes par an. Cependant, dans la décennie 2012-2021, nous n’avons que trois ans au-dessus de 2 millions. En moyenne, on estime que les ventes ont diminué de 10 % au cours de la décennie précédente. En supposant que ce déclin dure, la percée n’a pas eu lieu en 2020 mais a commencé plus tôt.

Logiquement, on peut se dire que les constructeurs sont les premières victimes de cette baisse. Or, vous dites qu’elle répond en fait à une stratégie de leur part ?

Nous ne savons pas qui est la poule ou l’œuf. Les constructeurs ont-ils réussi à mieux s’adapter à ces défis économiques ou ont-ils poussé le marché vers une baisse des ventes ? En tout cas, économiquement ils s’en sortent très bien car derrière ce ralentissement leur stratégie a été de se concentrer sur des véhicules plus chers, plus lourds, plus équipés, sur lesquels ils auront plus de marge. Aujourd’hui, les véhicules sont clairement surdimensionnés, tant thermiques qu’électriques. &#xD ;

Donc la baisse des ventes entraîne finalement un surcoût pour les consommateurs ?

Les utilisateurs sont vraiment les premiers perdants. Sur le marché du neuf, les prix d’achat sont beaucoup plus élevés. Et il y a des effets en cascade ! Certains particuliers se sont tournés vers les véhicules d’occasion pour remettre à neuf leur véhicule, ce qui a mis à rude épreuve le marché de l’occasion, dont les prix de vente ont également fortement augmenté. Les effets de la hausse des prix des véhicules ont été ressentis par la grande majorité de la population, y compris ceux qui n’ont pas les moyens d’acheter sur le marché du neuf. Pour comprendre les ordres de grandeur, le marché de l’occasion c’est 5,2 millions de ventes en 2022. Pour moi, les principales victimes sont les moins nantis.

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Et d’un point de vue environnemental, la baisse des ventes des véhicules n’est pas une bonne nouvelle ?

Intuitivement, on pourrait le penser, mais ce n’est pas le cas. On pourrait supposer que la baisse des ventes témoigne d’une évolution vers une mobilité durable. Mais les pratiques des utilisateurs n’ont pas changé. Le marché s’est déplacé vers les véhicules lourds et moins économes en carburant, en particulier la plupart des SUV, qui représentent désormais 45 % des ventes totales. Ces véhicules sont moins aérodynamiques, plus dangereux, avec une consommation d’énergie plus élevée. Aussi en termes d’espace, ils prennent plus de place ! &#xD ;

Sur le plan environnemental et social, la tendance ne va pas du tout dans le bon sens. L’État aurait dû réglementer le marché beaucoup plus strictement pour cibler les véhicules plus économes en carburant, ce qu’il n’a pas fait du tout. Il se trouve dans une situation inattendue et aujourd’hui les véhicules proposés sur le marché ne sont pas compatibles avec les besoins réels des utilisateurs. &#xD ;

Que faudrait-il mettre en place pour changer la donne ?

Même si l’on imagine que le gouvernement et les pouvoirs publics sont soudainement à la hauteur du défi, il y aura une période d’inaction avant d’en voir les effets concrets sur le nouveau marché intérieur. Nous avons eu quelques évolutions qui vont dans le bon sens mais le niveau est insuffisant. En particulier, il y avait deux choses intéressantes. D’abord le bonus pour les véhicules électriques valable uniquement pour les véhicules de moins de 2,4 tonnes. C’est un seuil extrêmement élevé mais c’est la première fois qu’il y a cette limite de poids. &#xD ;

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Ensuite, le bonus écologique sur les véhicules électriques ne s’applique qu’aux véhicules à moins de 47 000 euros. Cela exclut effectivement tous les véhicules de plus de 2 tonnes compte tenu des prix. C’est un début, mais nous avons besoin d’une pause dans l’incitatif pour les nouveaux véhicules afin que les plus lourds soient désavantagés. Et au contraire, de privilégier des véhicules intermédiaires entre la moto et la voiture, bien plus sobres et économiquement accessibles.

Car l’autre défi n’est pas de modéliser le développement de l’électricité sur celui du thermique. Pour cela, il faut repenser l’usage de la voiture. On le voit dans la stratégie de transition bas carbone, on se focalise sur l’aspect technologique sans activer suffisamment les leviers de sobriété (modération de la demande de transport, report modal, amélioration du remplissage des véhicules, réduction du poids des véhicules, réduction de la vitesse). Non seulement une transition technologique est nécessaire. &#xD ;

Interview réalisée par Marina Fabre Soundron @fabre_marina