« Le droit à la santé est un droit humain fondamental »

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Vous venez de prendre la relève de ce festival renommé du FIFDH. Quelles seront vos principales missions ?

Bio express

1992-2001 Après des études de journalisme, il devient correspondant en Allemagne pour la Radio Télévision Suisse (RTS).

2001-2018 Crée puis dirige la Cellule Films Documentaires de la RTS.

2018-2022 Responsable du domaine d’activité de valeur publique dans la direction de SRG SSR (Swiss Broadcasting Corporation).

2019-2020 Membre du conseil d’administration du Festival international du film de Fribourg.

2020-2022 Membre du conseil d’administration de la Fondation du Festival International Visions du réel.

Membre du jury du Prix européen des médias CIVIS 2019-2021.

Septembre 2022 nommé directeur des programmes et co-directeur principal du FIFDH.

Irène Challand : L’enjeu pour moi est d’arriver à maintenir le rayonnement impressionnant qu’a le festival au niveau international, mais aussi de promouvoir son installation auprès d’un public toujours plus large en Suisse romande et au-delà. Je souhaite que cet événement soit au plus près des enjeux de société actuels, qu’il serve à mobiliser et à stimuler la réflexion entre des personnes d’horizons différents. Sachant que nous vivons dans un monde qui parfois bascule, que l’urgence climatique est permanente et que l’ordre mondial est complètement remis en cause, les sujets sont innombrables !

Quels sont les thèmes qui caractérisent la génération actuelle de cinéastes et de militants, et qui seront au centre de l’édition 2023 du Festival ?

La question du réchauffement climatique est vraiment importante, tout comme la question de l’identité, en particulier l’identité numérique et l’avenir des droits de l’homme dans l’univers numérique. Il me semble également important d’aborder ce que j’appelle « l’angle mort » de la géopolitique : ces pays qui traversent des situations turbulentes en matière de droits de l’homme, mais dont on parle peu. Je pense ici notamment au Soudan du Sud, à la Somalie, à Haïti, au Yémen, à la Turquie, à l’Egypte, à la Syrie… Nous allons aussi, à travers le Forum, ses débats et ses films, travailler autour du concept d’humiliation. On a tendance à sous-estimer l’impact que cela peut avoir sur un individu, mais aussi sur le plan social et politique. Bref, cette édition vise à renforcer le respect mutuel et le dialogue. Je souhaite que le festival serve à questionner la « fabrique » des droits de l’homme.

La défense et la promotion des droits humains, c’est aussi le droit à la santé…

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Oui, le droit à la santé, qu’elle soit physique ou mentale, est un droit humain fondamental. C’est une préoccupation d’autant plus importante que chaque conflit dans le monde s’affaiblit. La santé est chaque année à l’ordre du jour du FIFDH, qui entretient des liens étroits avec de nombreuses organisations non gouvernementales telles que Médecins sans frontières, le Comité international de la Croix-Rouge, l’Organisation mondiale de la santé… Le film L’Homme qui répare les femmes de Thierry Michel, par exemple, a eu un impact mondial. Elle a mis en perspective les viols au Kivu (République démocratique du Congo) et l’engagement exceptionnel du Dr Denis Mukwege, qui a entre-temps reçu le prix Nobel de la paix.

Pensez-vous que nous nous en sortons bien en Suisse sur le plan de la santé?

La Suisse est un pays extrêmement privilégié dans ce domaine et dispose d’un système de santé assez exceptionnel, avec la quantité et la qualité des soins accessibles à tous. En revanche, je pense qu’il est important d’éviter le développement à deux vitesses de la médecine. J’ai vécu dix ans en Allemagne, où, par exemple, les soins dentaires sont inclus dans l’assurance de base. C’est un modèle dont nous pourrions nous inspirer pour améliorer encore le système d’accès total aux soins en Suisse.

Comment traitez-vous votre propre santé?

Professionnellement, je suis extrêmement actif et j’ai tendance à trop absorber et à me laisser aller à la surcharge, sans prioriser ce qui devrait être des activités clés pour un bon équilibre. Mais je fais de mon mieux pour y parvenir, notamment par l’activité physique : je fais du vélo tous les matins, je marche beaucoup, je nage au moins sept mois de l’année.

Surveillez-vous votre alimentation ?

J’essaie d’être en harmonie avec mon environnement autant que possible. J’ai longtemps été végétarien, en réaction à l’industrie agro-alimentaire et à l’élevage intensif, et depuis une trentaine d’années j’essaie de consommer local et de préférence issu de production intégrée et/ou biologique. Je pense qu’en tant que consommateur, j’ai le pouvoir de choisir, et donc d’influencer l’écosystème et ma santé. De plus, je suis une hédoniste, je ne peux pas résister à la cuisine et au vin délicieux !

Êtes-vous sujet au stress, notamment à l’approche d’un événement important comme un festival ?

C’est l’administration qui s’imposera naturellement, en collaboration avec toute l’équipe du FIFDH. Comme sur des roulettes, la préparation et la configuration de l’événement devront être très précises dans les détails de chaque jour et des exigences. Bref, des mini-shows quotidiens pendant dix jours… avec des nuits courtes ! Mais j’imagine que le corps est emporté par une surdose d’adrénaline qui l’aide à rester zen.

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Comment avez-vous surmonté la crise du Covid ? Cela a-t-il affecté votre attitude envers la médecine, la science, l’information médicale… ?

Cette période a, selon moi, révélé des inégalités et des fractures sociales, tant en Suisse qu’ailleurs dans le monde. Cela a également permis de développer une certaine attitude d’humilité et de modestie par rapport à ce que l’être humain sait… ou ne sait pas ! Rien n’est jamais acquis, on ne règle pas tout. C’est une leçon que nous devons retenir et appliquer quotidiennement.

Que pouvons-nous vous souhaiter pour l’édition du FIFDH 2023 ?

Que la belle équipe – composée notamment de 200 bénévoles et d’une quarantaine de salariés – puisse accueillir les milliers de festivaliers attendus. Que Genève soit à nouveau un lieu de dialogue à dimension internationale, pour renforcer les liens et les échanges dans le cadre des échos avec la session principale du Conseil des droits de l’homme de l’ONU, qui se tiendra parallèlement au FIFDH. Enfin, j’espère qu’au printemps 2023, le monde aura un peu moins de conflits… ce ne sont que des vœux pieux, mais au bout du compte, être en vie, c’est rester optimiste !

En quelques mots…

Le premier film que vous avez vu sur grand écran ?

« Grease avec John Travolta et Olivia Newton-John et, quelques jours plus tard, Dersou Ouzala d’Akira Kurosawa. Autant d’émotions et d’horizons différents. À l’âge de 13 ans, il a commencé une nouvelle vie. »

« Groupe séparé de Jean-Luc Godard. Un film absolument avant-gardiste tourné en 1964, d’un courage et d’une poésie exceptionnels.

Quel réalisateur vous a le plus influencé ?

– Jean-Luc Godard m’a le plus marqué sans interruption.

La scène du film que tout le monde avait besoin de voir ?

« J’en retiendrais deux : la première scène de Nuit et Brouillard d’Alain Resnais, qui nous confronte aux camps de concentration d’Auschwitz-Birkenau, et celle de l’Année zéro Allemagne de Robert Rossellini, où la caméra survole complètement la ville de Berlin. détruit par les bombardements. »

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Paru dans le magazine Planète Santé n°. 47 – décembre 2022