On a joué au chat et à la souris avec le méga-croisière de Bernard

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Written By MilleniumRc

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A l’heure des plans de communication virés par le gouvernement pour nous imposer la sobriété (quitter le ministère avec un vélo, des cols roulés, le wi-fi ou la climatisation), on veut attirer l’attention sur la surconsommation des ultra-riches. En effet, à une époque de soi-disant sobriété « pour tous », comment se fait-il que les yachts de luxe ne participent pas à l’effort collectif ?

Si l’on veut résumer notre mois de septembre, il s’agit avant tout d’un jeu ordinaire, mais sur un terrain de jeu extraordinaire. Jouer au chat et à la souris MAIS en mer et avec une souris pas comme les autres. Cette souris est « Symphony », mégayacht et propriété de Bernard Arnault, PDG de LVMH et autrement multimilliardaire. Nous avons réussi à suivre le parcours de cette célèbre symphonie et ce n’était pas facile ! Le but de cette note est de vous raconter cette petite aventure qui va nous révéler que ces petits trajets ont consommé près de 1250 tonnes de CO2 en un mois. Mille deux cent cinquante tonnes de CO2. Ajoutons qu’à l’heure des difficultés d’approvisionnement en carburant, nous estimions à 470 000 le nombre de litres de gasoil consommés par le Symphony en septembre Retour sur une petite aventure qui nous permet de faire un constat simple : les méga-yachts sont dangereux pour l’environnement et une aberration quand il s’agit de l’utilisation des ressources à l’heure où l’on nous demande d’être sobres dans nos consommations.

Ce fut aussi l’occasion d’un travail en commun avec le compte I Fly Bernard, dont nous vous remercions !

La souris chassée en mer, mais comment ? 

Pour commencer, nous suivons les mégayachts via leur AIS, qui est un système de sécurité qui transmet la position, la vitesse, le cap et l’identification des grands navires aux navires à proximité par ondes radio. Ces données sont collectées par un réseau de volontaires disposant d’antennes de réception sur la côte et alimentées en temps réel dans des bases de données telles que Marinetraffic.com. Ce système est obligatoire pour les navires de plus de 300 tonnes effectuant des voyages internationaux.

Nous avons donc naturellement suivi le mégayacht de Bernard Arnault, « Symphony » pour calculer l’empreinte carbone pendant le trajet. Ce navire de 3 460 tonnes battant pavillon des îles Caïmans est destiné à être équipé d’un AIS fonctionnel.

Mais après une publication de notre part en août dernier, la Symphonie de Bernard a vu son AIS se casser, quelle malchance ! Nous sommes évidemment convaincus que c’est de la malchance et Bernard Arnault doit sûrement faire réparer son AIS pour que nous puissions continuer notre coopération « responsable », grâce aux appels répétés de notre gouvernement qui lui demande régulièrement gentiment s’il peut faire un peu d’efforts pour le planète.

L’autre option est que la symphonie aurait « oublié » de l’allumer pour jouer à cache-cache avec nous, ou au chat et à la souris, et cela nous rend heureux car nous aimons jouer.

Et quel terrain de jeu ! Le paysage côtier est magnifique, la nature et la biodiversité toujours étincelantes, et tout cela nous donne l’occasion de voir ce qui ne sera bientôt plus qu’un champ de ruines, détruit par le réchauffement climatique et le changement climatique.

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Nous avons donc commencé à scruter les données de la webcam du port et voici les différentes étapes et dates que nous avons pu noter dans notre journal de bord (nous vous proposons également le détail de la chronologie et des tableaux en fin de document en annexe) :

Ainsi se termine le mois de septembre pour la symphonie et c’est ici qu’il commence à pleuvoir.

Impact du Symphony : calcul de données et comparaisons pour se repérer

Contrairement aux estimations que nous faisons habituellement, nous n’avons généralement que les ports de départ et d’arrivée et non l’intégralité du parcours en raison des nombreux dysfonctionnements de l’AIS du navire. Nous avons supposé que les 4 moteurs du Symphony le poussent à la puissance nominale et à la vitesse de croisière, le long de la route la plus courte (nous sommes gentils aussi).

Les émissions calculées ici ne s’appliquent donc qu’aux mouvements du navire, et non au CO2 émis par l’utilisation des piscines, SPA, salles de sport, équipements high-tech ou balades en hélicoptère… (pour cela voir ce fil https://twitter .com/Superyachtfan/status/1279067287178403843): Saviez-vous qu’il y avait un piano à queue dans le bateau ?

Sur l’ensemble de la croisière, il a parcouru environ 2 872 milles nautiques, et consommé 470 000 litres de gasoil selon la documentation moteur.

Avec du gasoil à 2,15 € à la pompe du port de Nice, on parle de la modique somme de 1 M€ de budget carburant, 15 camions citernes diesel.

Et ça nous fait 1250 foutues tonnes de CO2. 1250. Mille deux cent cinquante tonnes sanglantes… ah désolé, nous n’avons pas le droit d’être en colère, apparemment cela rendrait service à notre discours.

Alors répétons-le : cela fait un total de 1250 tonnes de CO2 et nous avons *respectueusement* envie de hurler. Si vous n’avez pas encore envie de crier, ajoutons quelques comparaisons :

Au passage, on se demandait à quoi ça ressemblerait dans un jet au lieu d’un yacht pour avoir une idée des magnitudes, et @i_fly_Bernard était super cool, il a fait les calculs pour nous !

Le fait est que si vous êtes en colère contre les jets privés – avec raison – alors vous pouvez être au moins aussi en colère contre les méga-yachts de luxe parce que les chiffres sont encore plus scandaleux. Ajoutons aussi que si l’utilisation des avions à réaction est parfois revendiquée comme « pratique » pour les voyages d’affaires (nous répétons que cela reste une aberration), cela ne s’applique certainement pas aux méga-yachts.

Effort collectif et fin du mépris social et écologique : c’est essentiel.

A l’heure où de futures pénuries d’énergie s’annoncent, où les prix explosent et où le changement climatique fait rage, plusieurs questions se posent :

Si l’effort doit évidemment être collectif et que chaque Français doit participer à penser différemment sa consommation pour que notre planète reste viable, l’effort ne peut pas être le « même » mais proportionnel à notre capacité d’agir et à notre « consommation » de tonnes de carbone par an. Rappel : un Français utilise en moyenne dix tonnes de CO2 par an, et l’objectif est d’atteindre 2 tonnes de CO2 d’ici 2050 selon les Accords de Paris. Symphony c’est presque 1250 tonnes de CO2 en UN mois.

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Si vous voulez savoir à combien s’élève votre empreinte carbone sur l’année pour la comparer avec la Symphonie, c’est par ici : https://nosgestesclimat.fr/

Avec la politique d’aujourd’hui, on a du mal à croire que ce qui se met en place n’est pas une logique de classe : le privilège de « l’ultra polluer ». Aujourd’hui on le sait : la pollution c’est l’effondrement de notre biodiversité, c’est l’impact observé sur notre santé, et bien sûr il y a le réchauffement climatique avec toutes ses perturbations (mégafeux, inondations, geyser de chaleur). Bref : c’est criminel. Cela ne devrait plus être acceptable. Et considérant que mettre ce sujet sur la table est « démago », nous préférons penser que ne pas le faire est de la complicité.

Ajoutons que lorsque les marcheurs, et surtout le premier d’entre eux, nous ont expliqué que cela devait se décider au niveau européen, nous avons une fois de plus été témoins de leur grossière hypocrisie. Pour rappel, sur la réglementation de l’usage des jets privés et méga-yachts le 5 octobre au niveau européen :

Extrême droite : 100 % courage.

Droite : 1 abstention et 7 contre

LREM et MODEM : 11 votes exprimés, 7 pour, 6 contre

LFI, EELV, PS et lieux publics : 100% favorables

Ce qui est consternant, c’est que les communications gouvernementales ne supposent pas ouvertement que cela n’a absolument rien à voir avec le climat, au contraire. Et c’est là le plus violent : faire croire à la volonté de préserver l’environnement alors qu’il ne s’agit que 1) de faire du greenwashing pour les non avertis ou pour ceux qui veulent se donner bonne conscience sans creuser le sujet et 2) enfin d’influencer les efforts de la majorité préserver le train de vie des plus riches en pouvant faire deux déclarations successives où d’une part l’utilisation d’un avion à réaction sera minime à l’échelle planétaire et d’autre part « chaque geste compte ».

S’il faut faire attention quand on fait cuire nos pâtes, on peut le comprendre à condition que Bernard mette son mégayacht au garage ou l’accoste pour en faire des logements sociaux. C-o-l-l-e-c-t-i-f nous avons dit. Alors on va continuer à jouer au chat et à la souris avec Bernard et tous les autres pour pousser le gouvernement dans ses derniers retranchements : accepter que la sobriété c’est l’affaire de tous et surtout des plus riches ou enfin nous dire que tout ça n’est que com’. A bientôt pour une autre aventure en mer,

Traqueur de CO₂ Yacht Collective

Données du navire : Moteurs principaux MTU 16V 4000 M73 – Certaines sources indiquent 4 moteurs MTU 20V 4000 M73, mais ce moteur semble très surestimé pour un bateau de ce tonnage. Vitesse de croisière : 16 nœuds.

https://www.bateaux.com/article/34417/symphony-superyacht-de-bernard-arnaud-aux-multiples-loisirs

Consommation moteur : 657 l/h selon MTU

https://www.mtu-solutions.com/content/dam/mtu/products/yacht/main-propulsion/mtu-series-4000/3232791_Marine_spec_16V4000M73-L_1B.pdf/_jcr_content/renditions/2_327c1000_M73-L_1B.pdf/_jcr_content/ rendus/2_327c1001000000000_1000_1000_1000_1000_1000_1000_1000000000/2_327c3000_10000000_1000_1000_1000_1000_0000.