Refit : Diablesse, le demi-ton diabolique de Nicolas Lunven

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C’est l’histoire, comme on les aime chez Voile Magazine, de la réparation par Nicolas Lunven de sa demi-tonne Diablesse. Nous avons été invités à bord pour en apprendre un peu plus sur ce projet et nous amuser beaucoup en cours de route. Récit.

UN SILVER SHAMROCK DE 1977

IL EST DIFFICILE DE NE PAS TOMBER sous le charme de ce Silver Shamrock d’une demi-tonne, construit à Cork en 1977 et tirant maintenant doucement sur l’épaule près de Port-la-Forêt. À première vue, ses lignes nettes agissent comme un aimant pour ceux qui aiment les beaux corps. Son nouveau propriétaire, Nicolas Lunven, double vainqueur de la Solitaire du Figaro – pardon – nous accueille à bord de Diables avec le sourire. Il faut dire que l’histoire de ce bateau ne manque pas de sel et les résultats de cette conversion sont franchement flatteurs.

Construite pour la première fois en petite « série » sous le nom de Golden Shamrock, cette conception de Ron Holland était à l’origine destinée à participer à la Half Ton Cup de 1974 qui s’est tenue à La Rochelle cette année-là. Deux ans plus tard, le chantier irlandais sortait la Silver Shamrock, une version plus légère et plus toilée de la Golden à la demande d’un propriétaire qui souhaitait briller dans une brise plus légère. Et c’est dans l’agence sœur de la future Diablese, lancée en 1977, qu’elle remporta brillamment l’édition 1976, pilotée dans le petit air de Big Blue à Trieste.

Modifié et optimisé plusieurs fois après sa sortie pour coller au gabarit IOR (à l’époque une référence dans le monde de la régate et souvent évolutif), Diablesse revient à Philippe Villion – un ami de son fils Julien – au tournant des années 90. Enfant, Nicolas Lunven est un Figaro reconnu sur circuit – ça l’apaise

pour le rapprocher du Golden Shamrock. Son idée : concourir pratiquement en temps réel contre Chan, le deuxième demi-tonne de la série Golden lors des Vieux Safrans, l’ancienne version de l’actuelle Course des Iles.

Et c’est à cette occasion que Nicolas Lunven, qui, enfant, suivait son père sur cette course estivale, tombe éperdument amoureux de ces voiliers rapides naviguant contre le vent, authentiques et si beaux à voir évoluer sous voiles. Rappelons que les demi-tonneaux étaient aussi à la base de la Solitaire du Figaro lorsqu’elle s’appelait encore la Course de l’Aurore. Une course dont son père Bruno et son oncle Dominique allaient leur parler à maintes reprises.

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UNE BELLE OCCASION A 13 000 €

Une petite graine a été plantée qui a conduit à un achat préféré quelques années et des centaines de kilomètres plus tard lors de régates en février 2020. Nicolas cherchait un voilier adapté à donner qui hérite un peu de l’histoire de la course au large, mais surtout un vrai voilier de 9m qui puisse l’emmener lui et sa petite famille en petite balade en mer.

Diablesse, acheté 13 000 euros, n’est en aucun cas une épave, le bateau continuant à naviguer assez régulièrement. Son précédent propriétaire avait même déjà apporté quelques modifications de confort, comme le déplacement de la barre d’écoute principale vers le bas du cockpit. Par coïncidence, le projet de reconstruction coïncide avec le début de la première incarcération. Des temps difficiles obligeant l’actuel skipper de l’IMOCA Banque Populaire à se retirer de certains projets de course au large.

Depuis, Nicolas Lunven a tout le loisir de réfléchir à ses futurs bijoux.

DIABLESSE PART EN REFIT A L’INB

Au printemps 2020, plusieurs croisières familiales et « speed tests » seront menés contre le tout nouveau Figaro 3 pour viser certaines améliorations ou, à l’inverse, pour confirmer les bonnes choses déjà à bord, comme les repose-pieds. poste de pilotage par exemple. Son expérience sur le circuit Figaro est un gros plus, qui lui permet d’établir rapidement un cahier des charges de qualité avec un objectif clair : pouvoir manœuvrer seul si besoin, toujours sur un voilier facile à naviguer, moderne et performant.

Début novembre, PL Yachting à Port-la-Forêt a entamé un refit avec un traitement anti-osmose, une nouvelle peinture de pont (anti-dérapant Kiwigrip) et un coup de canon bleu roi sur la coque. Parallèlement, pendant les quinze jours des vacances de Noël, il s’est livré à un ponçage intensif de la colle de l’ancien parement et de la peinture à l’intérieur. Selon lui, des moments pas très amusants où il joue à la ponceuse et meuleuse jusque tard dans la nuit dans une ambiance saturée de poussière et de résidus de peinture. Sa femme Laure va même jusqu’à se demander si c’est le diable qui fait ça

UN INTÉRIEUR TOTALEMENT REVISITE

n’aurait pas jeté de sort…

Très vite, il établit une relation privilégiée avec les jeunes en formation à l’INB, qui devaient assurer toutes les finitions intérieures, peinture sous pont et accessoires sous sa direction quasi quotidienne et celle d’Eric Carret. Diablesse part donc dans les locaux de l’INB à Concarneaus pour s’y faire chouchouter. La cloison avant non structurelle est supprimée pour créer un grand tuyau d’étrave, tout comme les deux cloisons arrière qui encadrent la descente pour créer des aménagements plus modernes et raffinés, mais surtout pour gagner de l’espace et de l’accessibilité à l’arrière.

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Par exemple, la couchette de cercueil et le coin table à cartes qui se trouvaient de chaque côté de la passerelle sont essentiellement une bonne partie des fixations en contreplaqué d’origine, ont été remplacées par quatre couchettes réglables par des palans, tandis que le capot moteur a été entièrement renouvelé. . Abaissé, il permet désormais de voir l’arrière du voilier depuis la cabine. Des planchers en CP/Polyester sur mesure pour masquer la variabilité et des boulons de calage ont également été conçus et fabriqués le plus précisément possible par Nicolas. Un coin de table à cartes simplifié au maximum, qui dépasse le réfrigérateur à ouverture par le haut, trouvera bientôt sa place devant les couchettes à tribord.

C’est aussi vers la cuisine, placée sous le sceau de l’ergonomie. Les ensembles d’armoires textiles sur mesure d’AP Sellerie apparaissent presque partout dans la cabine et au-dessus de la cuisine pour la commodité de vivre à bord. Côté accastillage, après un démontage correct, tout est vérifié. Fini les rails longitudinaux du génois, désormais remplacés par quatre rails latéraux réglables en 3D (tirant, tangage et barre de flèche) : deux de chaque côté pour le solent et deux autres pour le grand génois à recouvrement.

UN PLAN DE PONT PROCHE DE LA PERFECTION

A l’usage, ils sont très pratiques à utiliser, comme nous le verrons plus tard lors de notre petite navigation. Le piano a été entièrement repensé pour l’optimisation : tout est désormais extrêmement fluide malgré le grand nombre de retours de trame. C’est là que l’expérience du marin Figaro s’est pleinement et brillamment exprimée… Le circuit interne des écoutes/bras de calage n’est pas modifié, mais les poulies flip flop (pont plat

sur cales en bois elles sont réglables) permettent l’utilisation de treuils à embraque ou à piano (Performa de Harken) au choix.

A noter que certaines zones du pont sandwich où le balsa était devenu poreux sont systématiquement reprises en remplaçant l’âme incriminée par du bon vieux contreplaqué marin. Le gréement a également été entièrement revu: un mât en carbone construit par Hoel Composites sur l’essieu à double barre de flèche remplace l’ancienne barre en aluminium et l’ensemble du cadre est entièrement nouveau. Tout le débit est converti en Dyneema par les boîtiers

poussez sur les roulements à billes en haut du mât pour une manœuvre aisée à tout moment. Et encore une fois, rien n’est laissé au hasard !