Sécurité routière : des visites médicales à vie pour…

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Written By MilleniumRc

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Pauline Déroulède arrivera-t-elle à ses fins ? Cette championne de tennis, qui a perdu sa jambe dans un accident de voiture, se bat depuis trois ans auprès des ministères, de la sécurité routière et de l’opinion publique pour remettre en cause le permis de conduire à vie en France. De nombreux pays européens (Espagne, Italie, Danemark, Portugal, etc.) ont imposé des examens médicaux, certains au cours de la vie, d’autres à partir d’un certain âge, afin que leurs citoyens puissent continuer à conduire en toute sécurité.

« C’est dur de renoncer à une voiture, on le comprend très bien »

La France, avec l’Allemagne, fait figure d’exception dans le dossier. « C’est dur de renoncer à une voiture, on le comprend très bien », reconnaît Pauline Déroulède. Pourtant, garder son permis de conduire à vie est « fou ». Elle a rencontré un vieil homme qui a confondu l’accélérateur et le frein et a causé la mort de trois personnes et son amputation. « Il préférerait passer une visite médicale que s’il participait à cet accident, ce sont les mots. Je porte la voix des victimes, mais aussi des responsables des accidents. » D’autant que les personnes âgées sont plus souvent victimes d’accidents que coupables. Par ailleurs, « les personnes âgées représentent une population plus vulnérable, pour qui un accident aura souvent des conséquences plus graves que pour les plus jeunes : 4 décès pour 100 blessés chez les moins de 65 ans, 10 décès pour 100 blessés chez les 65-74 ans et 14 ans. pour les 75 ans et plus », précise Sécurité sur la route.

« On entend dire que des personnes âgées s’opposent à ma proposition, mais beaucoup m’écrivent qu’elles y sont favorables, assure Pauline Déroulède. C’est une mesure pour les protéger aussi. Le contrôle technique des voitures, qui dérangeait tout le monde quand c’est arrivé, aujourd’hui ce serait incroyable sinon !

Le projet de loi de Pauline Déroulède est parfois perçu comme stigmatisant pour les personnes âgées, déjà victimes d’âgisme. « Ma facture est mal présentée et sert ce que je défends, regrette-t-elle. Tous les 5 ans, et enfin tous les 2 ans. Pas seulement pour les personnes âgées ! Car conduire concerne tout le monde. »

Un préalable avec lequel beaucoup s’accordent. « Je pense que c’est une bonne idée, à condition que ce soit fait dès l’obtention de votre permis, insiste Hélène Rossinot*, docteur en santé publique. Quand vous conduisez, vous êtes responsable de la vie des autres, du moins » sauf la sienne. vous n’avez pas changé de lunettes depuis longtemps et vous ne vous en rendez pas compte, car votre vision s’adapte. » Et cela à tout âge. « Il ne faut pas confondre vieillissement et pathologie », ajoute Anne Lavaud, déléguée générale de la Association de Prévention Routière.

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Pour Pauline Déroulède, il faut plus de fréquence à mesure que l’âge avance : « ce n’est pas un gros mot : avec l’âge, la vision diminue, les réflexes aussi ». La responsabilité individuelle est suffisante pour la sécurité routière. « Si les conducteurs âgés peuvent montrer une baisse de certaines capacités avec l’âge, ils se comportent généralement avec plus de prudence : moins de mouvement, voire arrêt de conduite, vitesse plus lente, prudence accrue, trajets plus courts et moins de consommation d’alcool. »

« Notre association déconseille de consulter un médecin à partir d’un certain âge car nous n’avons aucune preuve que cela limite la mortalité des personnes âgées et de la population générale sur les routes », renchérit Graziella Jost, membre du Conseil européen de la sécurité des transports (ETSC). . En revanche, elle préconise des repérages plus importants, c’est-à-dire un meilleur suivi de certaines pathologies qui affectent la conduite : diabète, toxicomanie, épilepsie, troubles mentaux, maladie d’Alzheimer et démence.

Pourtant, le faire passer par la loi, par le biais d’un certificat médical, soulagerait grandement les familles françaises, confrontées aux tensions lorsqu’un parent âgé ne peut plus conduire, mais refuse de perdre son autonomie. Les proches n’ont parfois d’autre choix que de se présenter à la préfecture, ce qui est une procédure douloureuse à vie…

« Mon grand-père ne voulait pas lâcher le volant, alors ma mère nous a interdit de monter dans sa voiture, raconte le champion de tennis. ‘Ils adorent. Il est trop lourd et chargé de culpabilité pour les proches. »

« Cela permettrait d’en parler plus facilement dans les familles et d’éviter qu’un enfant inquiet ne devienne le ‘méchant’, confirme Hélène Rossinot, experte soignante. Mais cela permettrait aussi de prévenir des méconnus : certains médicaments et sirops contre la toux ne font pas bon ménage ». bien avec la conduite.

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De la punition à la prévention

Ces examens médicaux n’entraîneraient pas systématiquement la révocation du permis. « Ce ne serait pas une visite punitive, mais préventive, poursuit Hélène Rossinot. Tout doit être imaginé pour donner au conducteur la possibilité de se corriger. » Assurez-vous donc de ne pas souffrir d’apnée du sommeil qui peut provoquer une somnolence au volant, procurez-vous des appareils auditifs pour mieux entendre les sirènes, passez à des lunettes de conduite correctrices et cela pourrait suffire. Ou continuez les cours de conduite dans une auto-école, pour retrouver vos réflexes et votre confiance. « La voiture a aussi des commodités : rétroviseurs intérieurs, sièges surélevés », énumère Hélène Rossinot. Ou imaginez un « permis restreint : une journée de conduite, seulement 50 km autour de la maison », ajoute Graziella Jost de l’ETSC.

Le problème : quel sort pour les personnes, notamment en milieu rural, qui se retrouvent sans permis ? « La vraie difficulté de ce projet est de proposer une alternative de mobilité et une offre unique sur tout le territoire français, admet Pauline Déroulède. On ne mettra pas en place des tests de conduite pour tous sans une proximité adéquate avec les transports. »

Mais Pauline Déroulède la rassure : les choses bougent. Certains députés le contactaient pour faire passer sa proposition par les voies parlementaires. « Tout le monde s’accorde à dire qu’une licence à vie n’est plus possible, assure-t-elle. Elle est encore en préparation. Mais nous voulons mettre en place des mesures acceptables pour tous sans dépouiller le pays. Et cela prend du temps. »

Une piste pourrait être de passer ces tests d’aptitude lors des nouvelles consultations gratuites de prévention proposées aux personnes âgées de 25, 45 et 65 ans. Si ces mandats préventifs seront instaurés à partir de 2023, leur contenu reste à préciser. « Si on fait ces tests à 25, 45, 65 ans, vous parlerez plus vite de ce sujet avec un médecin, y compris après 65 ans ! », assure Anne Lavaud, dont l’association doit faire une proposition en ce sens. Une chanson également introduite par Pauline Déroulède, qui pourrait bien mettre en mouvement ce vieux serpent de mer.

* Auteur du livre Etre présent pour tes parents, Editions de l’Observatoire, septembre 2022, 18 €.