Urgences : le Samu réduit ses moyens d’intervention à la rentrée

Photo of author

Rédacteurs passionnés de culture, d'actualité et nouvelles de tout genre

De cinq véhicules par jour, le SMUR est réduit à quatre véhicules mobilisables (photo DR)

Sommaire

Un peu de jargon

Samu (ambulance) est un service qui accepte les appels vers le 15 ou le 112. Le médecin régulateur décide alors de la réponse à donner. Il peut décider d’envoyer une équipe médicale mobile. Dans ce cas, il appelle le Smur (service mobile d’urgence et de réanimation) exploité par les Hôpitaux Universitaires de Strasbourg. Smur dispose de plusieurs UMH (unités hospitalières mobiles), ambulances.

De 5 à 4 équipes mobilisables en journée

Sans nuire à la qualité du service, les avis divergent ici. Car le jour, la direction enlève la « colonne », c’est-à-dire un véhicule prêt à sortir avec un médecin, une infirmière et une ambulance. En septembre, l’ambulance (Samu) ne peut compter que sur quatre colonnes dans la journée (de 7h à 19h), jusqu’à présent il y en a eu cinq. En revanche, le nombre d’équipes est inchangé le soir (4), la nuit (3) et le week-end (4 en journée et en soirée, 3 la nuit).

Selon la direction, cette nouvelle organisation répondra à 100% des besoins sur la base d’une simulation basée sur les opérations de Smur en 2013. Mais pour Christian Prudhomme, représentant du syndicat des infirmiers FO, ce calcul ignore la réalité :

« Évidemment, si les départs des équipes s’égalisent en un mois, on peut penser que la cinquième colonne par jour, c’est trop. Mais en réalité, cette équipe répond aux pics d’activité et surtout donne plus de liberté à Sam pour mieux répondre aux appels. Car si le médecin régulateur sait qu’il ne lui reste plus qu’une équipe, il ne la déploiera pas aussi facilement que s’il en avait deux. En conséquence, certaines urgences restent non résolues. D’ailleurs je ne vois pas comment il est possible de supprimer l’équipe, les rythmes de sortie sont déjà très tendus. »

À LIRE  Santé : De nombreux services d'urgence risquent de fermer à l'approche de l'hiver en raison d'une pénurie de médecins

Véhicule de Smur 67 (photo de Kevin B / Wikmedia Commons / cc)

Un week-end de Pentecôte très chaud…

Le même appel à l’infirmière des urgences :

« Nous sommes comparés à d’autres services qui ne sont pas comparables. Strasbourg est une ville frontière, nous accueillons et devons gérer les appels d’urgence d’une population plus vulnérable que partout ailleurs. Et puis on connaît déjà les périodes déficitaires, c’est-à-dire avec toutes les équipes engagées, pendant lesquelles on prie pour qu’une urgence vitale ne se produise pas. Le lundi de Pentecôte (9 juin) nous avons eu très chaud… »

Le médecin urgentiste des HUS confirme :

« Oui, pendant le lundi de Pentecôte, nous avons connu des temps d’attente d’une dizaine de minutes, pendant lesquels il n’y avait pas de voitures pour venir en aide aux gens. Mais la situation est beaucoup plus souvent tendue. Cela ne se voit pas dans les statistiques, car nous jouons avec les horaires des équipes prenant et sortant du service pour optimiser l’utilisation des véhicules à la minute près. Mais en pratique, on se serre le cul une ou deux fois. »

Situation « dangereuse »

Selon les équipes en place, la 5e colonne est occupée 20 à 30 fois par mois, soit une centaine d’heures par mois sur les 7200 comprises. Un autre médecin du Samu qualifie la situation actuelle de « dangereuse » :

« La situation n’est pas catastrophique, mais dangereuse. Nous sommes trop souvent en infraction. Si la majorité des interventions réussissent, un bon quart d’entre elles sont encore invalidantes. Parfois, après un voyage, nous ressortons lessivés et avons besoin de respirer. Nous renvoyer maintenant est logique sur le plan comptable, mais c’est dangereux. Et cela est difficile à comprendre pour leur direction. »

À LIRE  Chinon : dans les salles de sport, en quête d'un second souffle

Pour ne rien arranger, l’expérimentation est prévue pour placer la 4ème équipe non pas au centre logistique des HUS, mais dans les services d’accueil et d’urgence de l’hôpital de Hautepierre. Pour Florent Chambaz, l’idée est de mutualiser les moyens :

« La dernière équipe est certainement la moins sollicitée. Ainsi, le personnel peut intervenir dans les situations d’urgence des hôpitaux, souvent débordés, tant que la 3e équipe n’est pas partie. Il quittera l’hôpital dès qu’il risque d’être appelé. « 

Une pensée qui a fait rire un des médecins du service :

« Je ne donnerai pas dix jours jusqu’à ce que cette brillante idée soit enterrée. » L’accueil d’urgence de Hautepierre a son propre montage minutieux… L’équipe de Smur les agace plus qu’autre chose, surtout quand il faut pouvoir tout déposer au bout de 10 minutes pour revenir en une heure. Et surtout, comment cette colonne s’alimente-t-elle ? A défaut de moyens, nous n’avons pas tout le matériel dans tous les véhicules, nous passons en revue le matériel selon les types d’intervention. Si l’intervention de la 4ème équipe nécessite l’utilisation de Lucas par exemple (appareil de massage cardiaque, ndlr), il n’y en a qu’un pour le service, donc il faut remonter au centre logistique ! Cela n’a aucun sens. »

Face à la rébellion des médecins et du personnel, la direction de l’HUS rappelle qu’il ne s’agit pour l’instant que d’une expérimentation, et qu’en cas de résultats flous, un revirement est possible. Mais FO envisage déjà de voter contre. 3 médecins sur 23 du service Samu/Smur des HUS ont été victimes de « burnout », qui est une forme de dépression liée à la surcharge de travail.